Pot au feu


Alexandre Dumas :

L’albumine. - Se trouve dans la chair et dans le sang, elle ressemble au blanc de l’œuf, elle se coagule à une chaleur au-dessous de 40 degrés, c’est ce que l’on rejette du pot au feu, sous le nom d’écume. La graisse est une huile insoluble dans l’eau, elle se forme dans les interstices du tissu cellulaire, et s’agglomère quelquefois en masse dans les animaux prédisposés, comme les cochons, les volailles, les ortolans, et les bec-figues; si dans un pot-au-feu on ne voulait tirer que le bouillon, on pourrait tout simplement la hacher, la manier dans l’eau froide et la faire chauffer lentement jusqu’à ébullition; par là on dépouillerait la viande de tous ses principes solubles, et on obtiendrait en moins d’une demi-heure un véritable consommé; c’est ce que nous invitons à faire les personnes chez lesquelles il arrive des convives inattendus, et qui veulent donner un potage a ces convives. C’est une erreur de croire que les volailles ajoutent, à moins qu’elles ne soient très vieilles ou très grasses, quelque chose à l’osmazôme du bouillon. Le pigeon lorsqu’il est vieux, la perdrix et les lapins rôtis d’avance, le corbeau, en novembre et décembre, ajoutent beaucoup à la sapidité et à l ’arôme du bouillon. En général la chair de ces animaux contient tout leur sang, et c’est ce qui fait qu’elle ajoute à la sapidité et à l’arôme du bouillon dans lequel on la met. Maintenant comme on ne met pas seulement le pot au feu pour avoir du bouillon, mais pour avoir de la viande mangeable qui non seulement peut le premier jour se servir bouillie, mais le lendemain reparaître sous un autre aspect, nous allons indiquer la marche à suivre pour avoir toujours du bon bouillon sans épuiser la viande. Prenez toujours le plus fort morceau de viande que comporte votre consommation habituelle, plus le morceau sera fort, frais et épais, plus le bouillon se ressentira de ces trois qualités sans compter l’économie de temps et de combustible. Ne lavez pas la viande, ce qui la dépouillerait d’une partie de ses sucs, ficelez-la après en avoir séparé les os, afin qu’elle ne se déforme pas, et mettez dans la marmite un litre d’eau par cinq cents grammes de viande. Faites chauffer la marmite avec lenteur, il en résultera que l’albumine se dissoudra d’abord, se coagulera ensuite, et comme dans ce premier état elle est plus légère que le liquide, elle s’élèvera à la surface en enlevant les impuretés que votre viande peut contenir; l’albumine coagulée, ce sont les blancs d’œufs que l’on emploie pour clarifier les autres substances. L’écume a été d’autant plus abondante que l’ébullition a été plus lente. Il doit s’écouler une heure entre le moment où la marmite a été mise sur le feu et celui où l’écume se rassemble à sa surface. L’écume bien fournie, il faut l’enlever à l’instant même, l’ébullition de la marmite précipiterait l’écume, ce qui troublerait la transparence du bouillon; si le feu est bien conduit, on n’a pas besoin de rafraîchir la marmite pour faire monter une nouvelle écume; lorsque la marmite est bien écumée et qu’elle jette ses premières vagues, on y met les légumes qui consistent en trois carottes, deux panais, trois navets, un bouquet de poireaux et de céleri ficelés ensemble; n’oubliez pas d’y ajouter trois gros oignons piqués, l’un d’une demi- gousse d’ail et les deux autres d’un clou de girolle; dans la cuisine de second ordre, mais de second ordre seulement, on donne la couleur au bouillon avec la moitié d’un oignon brûlé, une boule de caramel ou une carotte desséchée; n’oubliez pas de briser avec un couperet les os qui prennent part à la composition de votre bouillon, qu’ils soient achetés en même temps que le bœuf, ou qu’ils soient des restes du rôti de la veille; plus ils sont brises en nombreux fragments, plus ils rendent de gélatine. Il faut sept heures d’ébullition lente et toujours soutenue pour donner au bouillon les qualités requises; devant un feu de cheminée, régler cette ébullition est une chose presque impossible, mais on y parvient facilement au contraire en employant un fourneau qui doit chauffer constamment le dos de la marmite; pour diminuer autant que possible l’évaporation, il faut que la marmite reste couverte; il faut regarder deux fois à la remplir, même lorsqu’on en retire du bouillon, cependant si la viande était à découvert, il faudrait y verser de l’eau bouillante jusqu’à ce que la viande soit baignée, le bouilli en sortant du pot au feu a perdu la moitié de son poids. Nous comprenons, dit Brillat- Savarin, sous quatre catégories les personnes qui mangent du bouilli.

l - Les personnes qui en mangent parce que leurs parents en mangeaient, et qui suivant cette pratique avec une soumission implicite espèrent bien aussi être imités par leurs enfants.

2 - Les impatients qui abhorrent l’inactivité à table et ont contracté l’habitude de se jeter avidement sur la première matière qui se présente.

3 - Les inattentifs qui, n’ayant pas reçu du ciel le feu sacré, regardent les repas comme les œuvres d’un travail obligé, mettent sur le même niveau tout ce qui peut les nourrir et sont à table comme l’huître sur son banc. Enfin, les dévorants qui, doués d’un appétit dont ils cherchent à dissimuler l’étendue, se hâtent de jeter dans leur estomac une première victime pour apaiser le feu gastrique qui les dévore et servir de base aux divers envois qu’ils se proposent d’acheminer vers la même destination.


Recette : Pot au feu

Ingrédients :

Du plat de côte, de la joue de bœuf, du jarret, os à moelle, du choux, des navets, des carottes, une patate douce, des navets, des pommes de terre, des oignons, un poireau, des clous de girofle, pain, sel poivre, huile.


Matériel :

Une cocotte, un cuit vapeur, un faitout deux casseroles moyennes, un emporte pièce.

Mettre un morceau de plat de côte, des carottes, du poireaux taillés et l’oignon piqué de clou de girofle, l’orange séchée et le bouquet garnis dans de l’eau froide, saler, mettre des graines de poivre porter à ébullition écumer, laisser cuire 3h30.Réserver la viande, filtrer le bouillon, réserver.

Mettre les os à moelle dans de l’eau froide laisser dégorger.

Faire chauffer de l’huile d’olive saisir le plat de côte, la joue de bœuf, et le jarret, recouvrir du bouillon- écumer laisser cuire 3h à feu doux, saler un peu la viande.

Faire fondre le beurre, quand il mousse et qu’il est couleur noisette mettre les oignons, les saisir, baisser la source de chaleur couvrir laisser confire, saler,

poivrer.

Tailler en ruban les navets les courgettes les rouler ensemble, faire une «brochette avec les petites pommes de terre et les carottes, tailler les feuilles de choux enlever la partie centrale de la feuille, dérouler le poireau en feuille, faire des disques de patate douce.


Prélever du bouillon pour cuire dans un cuit vapeur les «brochettes» et les rubans de courgette-navet et les feuilles de poireau, les disques de patates douce, dans une casserole à part mettre du jus de cuisson de la viande pour cuire les feuilles de choux, dans une autre casserole cuire les os à moelle dans du jus de cuisson de la viandes.


Prélever la moelle des os.

Disposer les trois viandes dans un plat, faire griller le pain tartiner avec la moelle (mer du gros sel) disposer les légumes dans une autre assiette.